En 1983, deux chercheurs américains, McCarley et Carskadon, ont fait remplir le même questionnaire de personnalité deux fois à cinq semaines d'intervalle. Environ la moitié des participants sont ressortis avec un code différent d'au moins une lettre.
Le modèle en seize types reste pourtant l'un des langages les plus répandus pour parler des différences entre les gens. Les deux choses sont vraies en même temps, et c'est de là que viennent la plupart des disputes autour de la typologie.
Quatre dimensions, quatre lettres
Les quatre dimensions viennent d'un travail en deux temps. Carl Gustav Jung décrit en 1921, dans Types psychologiques, deux attitudes, l'extraversion et l'introversion, plus quatre fonctions mentales. Isabel Myers et Katharine Briggs en tirent dans les années 1940 un questionnaire et y ajoutent la quatrième dimension, celle du rapport au monde extérieur.
Le sigle MBTI désigne ce questionnaire précis et reste une marque déposée. La typologie en seize types, elle, sert de base à toute une famille d'outils, dont celui de ce site, qui a ses propres questions.
Chaque dimension est une échelle, pas un interrupteur. La plupart des gens se situent quelque part entre les deux pôles et penchent seulement d'un côté, et c'est pourquoi un résultat sérieux affiche aussi la force de la préférence en pourcentage. Un rapport de 90 contre 10 et un de 52 contre 48 donnent la même lettre sans avoir le même sens.
Extraversion et introversion (E/I)
La première dimension ne dit pas qui aime les gens. Elle dit où l'énergie se recharge et où elle se dépense. Du côté extraverti, l'énergie vient du dehors : les autres, le bruit, le fait de penser à voix haute. Du côté introverti, elle vient du dedans, et le dehors la consomme, même quand il est agréable.
Après deux heures de réunion, Camille passe à la machine à café et y règle deux dossiers de plus. Thomas, après la même réunion, ferme sa porte et ne fait rien pendant vingt minutes pour pouvoir continuer. Aucun des deux n'est asocial ni paresseux.
Sensation et intuition (S/N)
La deuxième dimension demande ce que vous remarquez en premier. La sensation va vers le concret : les faits, les détails, ce qui est vérifiable et ce qui a déjà marché. L'intuition va vers les schémas, les liens et ce que la chose pourrait devenir. Ni l'intelligence ni la créativité n'entrent en jeu ici, seulement le point de départ du raisonnement.
Consigne commune : préparer une note sur un nouveau produit. Camille ouvre les chiffres de l'an dernier et part de ce qui a fonctionné. Thomas commence par la question de savoir où va le marché dans trois ans, et cherche les chiffres ensuite.
Pensée et sentiment (T/F)
La troisième dimension porte sur les critères de décision. Du côté de la pensée, les critères impersonnels passent d'abord : la logique, la cohérence, ce qui tient à la vérification. Du côté du sentiment, ce qui passe d'abord, c'est l'effet sur les personnes et l'accord avec ses valeurs. Les deux sont rationnels. Le mot « sentiment » ne veut pas dire émotif, et le mot « pensée » ne veut pas dire froid.
L'équipe doit rendre la moitié d'un chantier commencé, et quelqu'un doit l'annoncer. Thomas écrit ce qui n'a pas été fait et pourquoi, puis envoie le message tel quel. Camille passe vingt minutes à chercher une formulation qui n'installera personne dans le rôle du coupable. Lequel des deux messages auriez-vous envoyé ?
Jugement et perception (J/P)
La dernière dimension, la seule qui ne vienne pas de Jung, décrit la façon d'aborder le monde extérieur. Le jugement pousse à fermer : décider, planifier, rayer des lignes sur une liste. La perception pousse à laisser ouvert : collecter, réagir à ce qui arrive, trancher le plus tard possible. Le rangement de l'appartement n'a qu'un rapport lointain avec tout cela.
Camille a l'itinéraire de ses vacances bouclé en mars. Thomas achète son billet dix jours avant et trouve cela normal. Les deux rentrent contents.
Les seize types en un tableau
Les noms sont des aide-mémoire, pas des diagnostics : aucun Stratège n'a le monopole de la stratégie et aucun Boute-en-train celui de la bonne humeur.
| Code | Nom | En une ligne |
|---|---|---|
| INTJ | Stratège | Un plan à long terme en tête, peu de goût pour l'improvisation |
| INTP | Penseur | Démonte les idées pièce par pièce, y compris les siennes |
| ENTJ | Capitaine | Voit l'objectif et organise aussitôt les gens autour |
| ENTP | Inventeur | Une idée après l'autre, et l'envie de contester la sienne |
| INFJ | Conseiller | Lit les gens en silence, avec une idée nette de ce qui devrait être |
| INFP | Rêveur | Les manières les plus douces, les valeurs les plus fermes |
| ENFJ | Mentor | Donne de l'élan aux autres et les emmène plus loin |
| ENFP | Enthousiaste | Voit des possibilités partout, terminer lui coûte |
| ISTJ | Intendant | Ce qui est promis est fait, exactement comme convenu |
| ISFJ | Protecteur | Retient les détails sur les gens et agit sans bruit |
| ESTJ | Gestionnaire | Met de l'ordre avant qu'on le lui demande |
| ESFJ | Fédérateur | Tient le groupe et veille à ce que chacun s'y sente bien |
| ISTP | Artisan | Démonte, répare, parle après |
| ISFP | Explorateur | Un sens discret du beau et de l'instant présent |
| ESTP | Fonceur | Agit tout de suite, règle les détails en marche |
| ESFP | Boute-en-train | Met l'ambiance sans y penser |
Les deux lettres du milieu forment les quatre groupes classiques : les Analytiques (NT) vont vers les systèmes et la cohérence, les Humanistes (NF) vers les personnes et le sens, les Piliers (SJ) vers ce qui a été convenu, les Audacieux (SP) vers l'instant.
Comment savoir quel type vous correspond
Trois chemins existent, et chacun a son piège.
Le premier passe par un questionnaire. Vous voulez savoir lequel des seize types vous correspond, et à quel point la préférence penche ? Le test des 16 types de personnalité compte 60 questions, prend 8 à 10 minutes et affiche pour chaque dimension le rapport en pourcentage. Le piège tient à la sincérité : on peut répondre selon l'idéal plutôt que selon la réalité, et repartir alors avec le type du rôle qu'on tient au bureau.
Le deuxième chemin consiste à lire les descriptions et à chercher celle où l'on se reconnaît. En complément, cela fonctionne très bien ; tout seul, cela pousse vers le portrait le plus flatteur. Bertram Forer a donné en 1949 le même texte vague à trente-neuf étudiants en le présentant comme leur résultat personnel, et ils ont noté sa justesse 4,26 sur 5.
Le troisième chemin passe par les gens qui vous voient de près. Demandez à deux personnes qui vous connaissent dans des contextes différents de dire, sur chaque dimension, de quel côté elles vous situent : les écarts avec votre propre réponse en apprennent souvent plus que la lettre.
Ce que le type dit, et ce qu'il ne dit pas
Le résultat décrit une préférence, pas une capacité. Il ne mesure ni le raisonnement, ni la mémoire, ni la vitesse de traitement, qui relèvent d'autres échelles, comme celles dont parle le guide sur le QI moyen.
Au travail, le type renseigne sur la forme plutôt que sur le contenu. Il ne dira pas s'il faut aller vers le soin ou vers l'informatique. Il indique plutôt combien de structure vous demandez à une journée et ce qui vous vide le soir. Le contenu se choisit davantage par les intérêts, comme le montre le guide sur comment choisir son métier.
La limite la plus sérieuse tient aux catégories elles-mêmes. Les scores ne se répartissent pas en deux paquets bien séparés : la plupart des gens se tiennent près du milieu, si bien qu'un petit déplacement fait basculer une lettre, ce qui explique le résultat de 1983. Les modèles dimensionnels gardent le score au lieu de le convertir en catégorie, comme le test Big Five : McCrae et Costa ont montré dès 1989 que les quatre dimensions du code recouvrent quatre de ses cinq facteurs, le cinquième, le névrosisme, n'ayant pas d'équivalent.
Reste ce à quoi le type ne sert pas. Il n'a pas sa place dans le recrutement, parce que l'outil n'a pas été construit pour cela. Il ne dit rien de la santé mentale, puisqu'il ne mesure ni l'anxiété, ni l'humeur, ni la stabilité. Et il ne fournit pas d'excuse : « je suis P, donc j'arrive en retard » décrit un penchant, pas un destin.

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