Vous avez quelques semaines pour classer vos vœux sur Parcoursup, ou une case « projet professionnel » à remplir dans un dossier de reconversion, et la seule chose qui vient est une liste de métiers dont vous ne savez presque rien. La vraie question n'est pas « quelle formation recrute le mieux ? ». Elle est plus gênante : à quoi ressemble une journée de travail dans laquelle vous tiendrez encore dans deux ans ?
La plupart des gens prennent le problème à l'envers. On choisit d'abord une école, pour sa réputation ou parce que des amis y vont, et on découvre le métier cinq ans plus tard. L'école n'est pourtant qu'un moyen. Quand vous savez quel type de travail vous convient, la liste des formations se réduit toute seule.
Pourquoi l'intuition ne suffit pas
Votre intuition se trompe rarement sur ce qui vous plaît. Elle se trompe souvent sur le métier lui-même, parce que ce qu'on en voit de l'extérieur (une image, un intitulé de poste, un salaire moyen) n'a presque rien à voir avec les huit heures de la journée.
Le psychologue américain John Holland propose en 1959 une réponse à ce problème : les gens cherchent un environnement de travail qui ressemble à ce qu'ils sont, et la satisfaction vient de cette correspondance. Il affine le modèle pendant près de quarante ans, jusqu'à la troisième édition de son ouvrage sur le choix professionnel, parue en 1997.
Le point contre-intuitif tient en une phrase : ses six types ne décrivent pas seulement des personnes, ils décrivent aussi des environnements de travail. Un atelier, un laboratoire et une agence de communication ne récompensent pas les mêmes comportements. Choisir un métier revient donc à choisir un milieu, pas un intitulé sur une fiche de paie.
Combien de métiers pouvez-vous décrire autrement que par leur nom et par ce qu'ils rapportent ? Si la liste tient sur trois doigts, ce n'est pas un défaut d'orientation : on ne connaît bien que les métiers qu'on a vus de près.
Les six types RIASEC en un coup d'œil
RIASEC est l'acronyme des six types du code Holland. Personne n'appartient à un seul : nous avons les six, dans un ordre différent.
| Type | Ce qui plaît | Exemples de métiers |
|---|---|---|
| R - Réaliste | Le concret, les outils, les machines, le travail dehors | technicien de maintenance, artisan, agriculteur, métiers de la logistique |
| I - Investigateur | Comprendre, analyser, chercher la cause d'un problème | chercheur, ingénieur d'étude, analyste de données, vétérinaire |
| A - Artistique | Créer, imaginer, travailler sans cadre imposé | graphiste, architecte, journaliste, métiers du spectacle |
| S - Social | Aider, transmettre, accompagner quelqu'un dans la durée | corps enseignant, personnel soignant, éducateur, conseiller en insertion |
| E - Entreprenant | Convaincre, décider, entraîner un groupe | commercial, chef de projet, responsable d'équipe, création d'entreprise |
| C - Conventionnel | L'ordre, les chiffres justes, les procédures claires | comptable, gestionnaire de paie, assistant de direction, métiers de la conformité |
Ce qui sert vraiment, ce n'est pas la lettre du haut, ce sont les trois premières. C'est ce qu'on appelle le code Holland : SAE, RIC, CSE. Camille et Julien ont tous les deux le S en tête. Camille, en SAE, se retrouve dans la médiation culturelle ou la formation d'adultes ; Julien, en SIC, sera bien plus à sa place dans le conseil, le soin technique ou la gestion de dossiers. Même première lettre, deux vies professionnelles très différentes.
Vous voulez savoir quelles lettres arrivent en tête chez vous ? Le test de personnalité et d'orientation professionnelle (RIASEC) donne votre code en cinq à dix minutes, avec les familles de métiers qui vont avec.
Trois étapes pour choisir sans se mentir
1. Partir de vous, pas de la liste des formations
Le catalogue des formations compte des milliers de lignes, et aucune ne vous dira si le métier au bout vous conviendra. L'ordre inverse marche mieux : d'abord le profil, ensuite les métiers compatibles, et seulement à la fin les diplômes qui y mènent. En famille, ça déplace la conversation : on ne discute plus d'un lycée, on discute de ce qui plaît.
2. Traduire le code en métiers réels
Un code de trois lettres n'est pas une affectation. Prenez les familles de métiers associées à vos trois types et gardez celles dont vous pouvez raconter une journée type du début à la fin. Les autres attendront que vous ayez parlé à quelqu'un qui les exerce.
3. Vérifier sur le terrain
Aucun test ne remplace une journée passée dans le métier. Avant de signer pour trois ans de formation :
- une journée d'immersion ou un stage d'observation, même très court
- l'alternance, qui met la formation et le métier dans la même année
- demandez vingt minutes d'entretien à quelqu'un qui exerce depuis cinq ans, ça vaut mieux que dix fiches métier
- un job d'été ou du bénévolat dans le secteur
- un cours en ligne, pour voir si la matière vous tient plus de trois semaines
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
Le salaire comme seul critère. L'argent compte, personne ne dira le contraire. Mais il compense mal l'ennui, et un poste bien payé qu'on quitte au bout de dix-huit mois coûte plus cher qu'il ne rapporte.
Le métier des parents relève du même piège. Que votre père soit ingénieur ne dit rien de ce qui vous convient : la familiarité n'est pas une compatibilité.
Confondre ce qu'on aime regarder et ce qu'on aime faire. Les séries hospitalières donnent envie de médecine, les films de procès donnent envie de droit. Sur le terrain, ce sont les gardes de nuit et quatre-vingts pages de procédure. Regardez la partie ennuyeuse d'un métier avant sa partie spectaculaire.
Les valeurs professionnelles passées à la trappe. Deux personnes du même type peuvent détester le même poste pour des raisons opposées : l'une voulait de l'autonomie, l'autre de la sécurité. Ce que vous attendez du travail pèse autant que le contenu des tâches.
Prendre un test pour un verdict. Le code Holland décrit ce qui vous attire ; il ne dit pas comment vous fonctionnez ni comment vous tenez sous pression. Pour cette moitié-là, le test de personnalité Big Five couvre les cinq grandes dimensions que la recherche utilise pour décrire la personnalité.
Et si aucun type ne vous parle ?
Il arrive que les six scores se ressemblent, sans relief. Ce n'est pas une absence de personnalité, c'est le plus souvent une absence d'expérience. Les préférences professionnelles se forment au contact du travail réel, et à dix-sept ans, on a rarement de quoi les former.
Dans ce cas, une seule méthode fonctionne : l'exposition. Un profil plat se creuse par ce qu'on essaie sur une année, jamais par ce qu'on lit dans un dossier.
Autre angle quand deux directions vous attirent autant : regarder votre mode de fonctionnement plutôt que vos goûts. Le guide des 16 types de personnalité traite cette moitié de la question, celle de la façon dont vous décidez et dont vous récupérez de l'énergie.
Si vous travaillez déjà et que le poste ne va plus, la question change de forme. Parfois il suffit de déplacer le curseur : changer d'équipe, récupérer les missions qui vous intéressent, ajouter une compétence. Parfois il faut une reconversion complète, et le bilan de compétences, finançable pour beaucoup avec le compte personnel de formation, sert précisément à poser le même diagnostic à plat, sur quelques mois au lieu de dix minutes.

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